Illustrer la complexité de la crise climatique

Et si l’art était un véhicule de sensibilisation environnementale trop sous-estimé? Au printemps, nous nous sommes entretenues avec Chloé Germain-Thérien durant le dernier Sommet jeunesse sur les changements climatiques (SJCC), où l'illustratrice animait un atelier sur l’expression de la nature par l’aquarelle. 

Alexane Blais et Zoé Letrouit Laboratoire des jeunes journalistes en environnement (LJJE) - cohorte 2026
Photo Chloé Germain-Thérien : Maryse Boyce

Artiste multidisciplinaire, Chloé Germain-Thérien a cumulé les expériences dans plusieurs domaines: cinéma documentaire, animation, arts graphiques, illustration, journalisme… Animée par un désir de conscientisation, elle a publié, en 2024, sa première bande dessinée à titre d’autrice: La crise climatique; la comprendre et y faire face. La 2e volet de cette BD vient de paraître chez KATA éditeur.

La visibilité et la variété des méthodes de communication créative du milieu artistique sont des moyens puissants et efficaces pour conscientiser ainsi qu’instruire notre société à protéger la planète que nous habitons. Nous en avons parlé avec Chloé.

Zoé - Quand est-ce que vous avez décidé de vivre votre métier d'illustratrice?
Chloé - J'ai toujours été dans les arts documentaires et, à un moment donné, j'avais envie de faire de quoi de plus simple. Parce que faire du cinéma, du documentaire, ça demande beaucoup de moyens, beaucoup d'argent. Quand j'ai eu ma fille, je me suis dit que j'allais écrire des livres jeunesse. J'avais envie de vivre de ça, mais c'est sûr que ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ce n'est quand même pas évident. Petit à petit, j'ai réussi à me faire une place.

En 2020, j'ai fait une bande dessinée documentaire qui expliquait les blocages de trains par la Première Nation Wet'suwet'en, en Colombie Britannique. Tous les trains étaient paralysés. Il y avait des pénuries de certaines marchandises, parce que beaucoup sont transportées par train. J’ai donc expliqué tout cela en BD. Les réactions ont été très positives. Les gens m’ont dit :« Ah merci, là je comprends mieux l'enjeu ». C’est donc possible d'aller toucher les gens avec la bande dessinée.

Ensuite, les gens se sont mis à me contacter. Ils travaillaient sur tel ou tel sujet et me demandaient s’il serait possible que je mette leur enquête en BD ? Je suis entrée dans cette niche de la bande dessinée documentaire.

«Dans la vie, quand on sent qu'on veut faire de quoi, il ne faut pas être motivé par l'argent. On agit parce qu'on sent que c'est ce que l'on doit faire. Pis les choses se placent et ça nous amène quelque part.»

Alexane - Est-ce que vous avez rencontré des obstacles en essayant de vivre uniquement du métier d’illustratrice ?
C. - L'argent, c'est le principal obstacle. C'est quand même précaire comme travail, parce que ça marche par contrat. Tu ne sais jamais ce que tu vas avoir comme contrat plus tard. Donc c'est un peu insécurisant. Parfois, des contrats comme faire des livres pour enfants, c'est énormément de temps mais ce n'est pas très payant non plus. Donc il faut vraiment aimer ça.

Est-ce que c'est dur de se faire une place dans le milieu?
C. - Je trouve que le milieu de l’illustration, c'est vraiment un beau milieu. Oui, dans un sens, on est un peu en compétition pour certaines affaires, mais en même temps, tout le monde a tellement un style différent, personnel, qu’on se complète et on s'entraide beaucoup. Ça, c'est le fun. Il y a vraiment une belle communauté. En fait, je suis présente au Sommet jeunesse à cause d'un ami illustrateur. C'est lui qui avait été contacté, mais il ne pouvait pas venir.

Z. - Est-ce que vous voyez des menaces pour votre métier dans le futur, à part l’IA?
C. -Je travaille dans les médias. Je suis caricaturiste au Devoir. Je fais aussi de la BD documentaire au Devoir, chaque premier lundi du mois. On traite souvent d’enjeux écologiques, mais pas juste. Mais c'est sûr que les médias, ce n'est pas nécessairement un milieu super en santé. C'est quand même précaire. Je pense qu’avec l'avenir de la planète, tout court, la guerre, toutes les incertitudes économiques, faire de l'illustration, ce n'est pas ça qui nourrit les gens. Mais en même temps, je suis convaincue que la communication par l'image permet de faire passer des informations importantes. Je pense que j'ai un rôle à jouer et j'ai confiance que je vais trouver ma place.

A. - Pourquoi avoir choisi les changements climatiques comme sujet de votre première BD plutôt qu’une thématique sociale ou politique?
C. -Les changements climatiques, c’est un sujet difficile à comprendre. On en parle souvent, surtout des conséquences. Il y a des feux de forêt, il y a des inondations, il y a ci, il y a ça. On parle souvent de certains aspects des changements climatiques mais rarement en ayant une vue d’ensemble. Donc, j'avais le goût d'essayer de dresser un portrait plus large, pour bien comprendre ce que nous sommes en train de vivre.

Z. - Est-ce que vous êtes satisfaite de la réception de la BD, en termes de vente, de commentaires ?
C. -J'ai eu de très bons commentaires. Je suis contente parce que des gens du milieu écologiste m'ont donné de très bons feedbacks. C'était important pour moi, considérant que c'est un sujet tellement compliqué. Je ne voulais pas avoir oublié trop de choses, je voulais être sûre que ce que je disais, c'était vraiment des faits vérifiés et qu’il n’y avait pas d'angles morts.

Donc, j'ai une belle réception à ce niveau-là. Ensuite, c'est sûr qu'on est au Québec, donc on ne fait pas des ventes énormes. Mais, somme toute, c'est quand même très bien. Elle (la BD) n'a pas fini de faire son chemin. Aussi, j’ai testé ma BD avec ma fille pour être sûre qu’elle comprenne. On voulait vraiment que le propos soit accessible pour les enfants de 10 ans et plus. Quand elle ne comprenait pas, je faisais des modifications pour que ce soit plus compréhensible et avec les images, c'est vraiment accessible.

A. - Quelle approche, quel ton avez-vous privilégié pour parler de ce sujet?
C. - J'ai fait le choix de m'adresser à des gens qui ne sont pas nécessairement rendus à [faire de gros changements dans leur mode de vie pour la planète]. Je ne voulais pas les culpabiliser parce que, parfois, cela peut produire l'effet inverse et les bloquer.

Je crois aux gestes individuels mais, en même temps, je pense qu’il faut vraiment un changement de culture, un changement de mentalité à grande échelle. Les gens se disent souvent : "On fait plein d’efforts alors que les grosses compagnies ne font pas grand-chose…" Parfois, cette pensée freine certaines personnes à poser des gestes. Mais, je pense qu'il faut les faire. C'est important, ça motive et ça rassemble.

Z. - Est-ce que vous avez une illustration que vous préférez en particulier?
C. - Il y en a une que j'aime beaucoup. Je l'ai déjà faite tellement de fois qu'elle a été publiée dans plein de choses. Ce n'est pas nécessairement l'esthétique, mais c'est plus ce que ça représente. C'est le pissenlit qui pousse à travers le ciment. Je trouve que c'est une image de résilience. J'ai fait beaucoup d'images déprimantes, mais je trouve ça le fun, une image qui est plus positive.

A. - Comment arrivez-vous à rester positive avec tous les sujets déprimants que vous abordez ?
C. - Justement en me reliant à la nature. Je trouve que ça, ça fait du bien et permet de se « grounder ». Justement, le fait d'être en connexion avec la nature, ça donne l'élan de se mobiliser.

Cette première bande dessinée de Chloé Germain-Therrien vous intéresse? Ne manquez pas ses prochaines, car c’est une trilogie! Le tome 2 aborde les gestes du quotidien à faire pour aider notre planète et il vient de sortir en librairie, tandis que le tome 3 se concentrera sur les actions plus collectives.

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