Petit guide d’autodéfense publicitaire

Vous tenez dans les mains un sac de croustilles qui promet de réduire ses émissions de CO2 de « 85 tonnes par année » grâce à 600 panneaux solaires installés sur le toit de son usine et quelque chose en vous a envie d’éclater de rire? C’est bon signe.

La rédaction

40 % des prétentions écologiques concernant des produits et services vendus sur Internet sont fausses ou trompeuses, selon une étude du Réseau international de contrôle et de protection des consommateurs (ICPEN, en anglais). Pour distinguer les entreprises de bonne foi de celles qui se contentent de surfer sur la vague climatique, on vous donne 6 trucs imparables.

1. Trop de vert

La pub et le packaging adorent jouer sur l’inconscient. Les couleurs vertes et bleues sont spontanément associées à la protection de la planète, tout comme les images d’animaux, d’arbres ou d’éoliennes. Quand les marques les surutilisent, c’est pour détourner le regard de la réalité. On peut coller autant de pandas et de fleurs qu’on veut, un 4 x 4, même hybride, ne sera jamais bénéfique pour le climat.

2. Des mots creux

Alerte, alerte! Un bon mot vague, c’est louche. Les termes « durable », « naturel » ou « responsable », les expressions « respectueux du climat » ou « bon pour la planète », ou encore les préfixes « éco » et « bio » ne permettent pas d’évaluer le gain climatique ou environnemental d’un produit ou d’un service. Le pétrole est un produit naturel, tsé.

3. Zéro preuve

Fiez-vous à un message seulement s’il est possible de vérifier qu’il dit vrai. Une entreprise doit ainsi fournir des preuves pour permettre au consommateur d’évaluer facilement un gain environnemental mis de l’avant : comment un produit dit « biodégradable » se décompose-t-il dans la nature, par exemple? Si elle ne le fait pas, il y a anguille sous roche, et si c’est trop beau pour être vrai… c’est que c’est probablement le cas. Pour développer un esprit critique face à la publicité, voyez l’incrédulité comme un sport de combat. Toujours utile dans un guet-apens.

4. Le compromis caché

On va attirer l’attention sur un aspect positif du produit, ou de la marque, en passant sous silence d’autres enjeux, moins reluisants. Deux exemples typiques : les multinationales de la mode rapide qui promeuvent leurs collections « plus respectueuses de la planète » alors que leur modèle d’affaires ne l’est pas du tout; les compagnies aériennes qui se vantent de bannir les ustensiles et pailles en plastique tout en faisant du lobbying contre la taxation du carbone. Une sensation de déjà-vu, peut-être? 

5. Un chiffre tout seul

Revenons à notre sac de croustilles. Que valent ces 85 tonnes de CO2 en moins? Difficile à dire : on ignore comment ces GES ont été calculés, ni par qui. On ne sait pas non plus combien de GES l’entreprise émet au total, donc si cette réduction est significative (pour info, ces 85 tonnes de CO2 équivalent aux émissions annuelles de GES de 9 Québécois·e·s). Pour être crédibles, les chiffres doivent être clairement définis et vérifiables, à tout le moins sur le site Web de l’entreprise. Ils doivent aussi être mis en contexte à des fins de comparaison. Je sais, les croustilles se mangent en moins de temps qu’une vérification… mais c’est à garder en tête.

6. Notre préf….. le label inusité

Ça, c’est le tampon «Écoblanchi à la main» sur une étiquette en kraft brun attachée à un bouchon de bois : on lit à peine, on cède à l’envie de faire une BA. L’ennui avec les certifications, c’est qu’il y en a beaucoup et que des entreprises n’hésitent pas à créer les leurs, sans méthode d’attribution ni contrôle d’un organisme indépendant. Pour s’y retrouver, il n’y a pas 36 solutions : il faut se fier aux répertoires des gouvernements du Canada et du Québec, accessibles ici et là. Si une écoétiquette n’y figure pas, méfiance.


Ce guide de survie est une adaptation d’un article de Geoffrey Dirat publié sur le site d’Unpointcinq.

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