Faire son ciném(i)a

On s'est mis au défi de regarder cinq œuvres marquantes sur l’intelligence artificielle qu'on n’avait jamais vues avant. On vous résume ça.

2001: L'odyssée de l'espace | 1968

De Stanley Kubrick, avec Keir Dullea et Gary Lockwood

Cette œuvre de science-fiction, adaptée du roman d'Arthur C. Clarke, suit une mission spatiale vers Jupiter, où l'équipage humain cohabite avec HAL 9000, une intelligence artificielle censée superviser le bon déroulement de la mission.

Comme beaucoup de créations mettant en scène l'IA ou la robotique, HAL est rationnel et met tout en œuvre pour «le bien de sa mission». Il est focalisé sur le résultat et sur ce pour quoi il a été conçu, quitte à devoir se débarrasser des humains qui l'empêchent de mener à terme ses objectifs. Assez classique. HAL reste tout de même doté de sentiments explicites. Il se dit «heureux de collaborer avec les humains», exprime «un sentiment d'étrangeté» et avoue même trouver «difficile de préciser ses impressions». Il va encore plus loin en manifestant un instinct de survie qui dépasse ce pour quoi il a été conçu, suppliant ne pas mettre fin à son existence et allant même jusqu’à regretter ses gestes.

Mais ce qui m'a le plus frappé, c'est que dans une œuvre vieille de près de 60 ans, l'IA est personnalisée, voire presque humanisée (un prénom), tout comme nous le faisons aujourd'hui avec Gemini, Alexa ou Siri.

Génie visionnaire ou simple intuition humaine? J’vais en jaser avec Claude.

Kévin Besnard

A.I. Intelligence artificielle (2001)

De Steven Spielberg, avec Haley Joel Osment, Jude Law et Frances O’Connor

Au 22e siècle, dans un monde où la fonte des glaces a rendu impossible la vie dans de nombreuses villes, les robots dotés d’IA sont devenus courants. Deux parents dont l’enfant, Martin, est dans un coma prolongé, reçoivent un prototype d’un tout nouveau «mécha» prénommé David pour le remplacer. Sauf que quand Martin se réveille contre toute attente, la situation devient vite intolérable.

L’œuvre de Spielberg, sortie comme par hasard en 2001, rend hommage à Kubrick (c’est lui qui devait réaliser le film, mais il est décédé en 1999) avec un message à la toute fin du générique. Mais il explore une question bien différente: est-ce qu’en créant des machines dotées d’une certaine intelligence (voire d’émotions), les humains doivent les considérer comme leurs égaux?

L’acte central A.I. Intelligence artificielle, qui nous fait quitter le confort du quartier aisé où vit la petite famille pour un univers cyberpunk (un peu) cliché, montre l’humanité dans tout ce qu’elle a de plus impur: profiteuse, assoiffée de sang et de divertissement... David et un autre robot rencontré sur sa route, Joe, apparaissent comme les seules «personnes» guidées par un objectif noble.

C’est un film qui a plus ou moins bien vieilli (si vous vous rendez jusqu’à l’épilogue, vous comprendrez ce que je veux dire), mais qui explore des enjeux intéressants.

Julien Lamoureux

I, Robot (2004)

D’Alex Proyas, avec Will Smith, Bridget Moynahan et Alan Tudyk

I, Robot se déroule dans une société où les robots font partie intégrante du quotidien. Le détective Del Spooner est apparemment le seul humain à ne pas leur accorder une confiance aveugle. Alors qu'il enquête sur la mort mystérieuse d’un scientifique, il découvre que le principal suspect pourrait être Sonny... un robot. Et lorsqu’il l’accuse, il passe pour un fou. Paradoxalement, même si les machines sont représentées négativement, le film nous fait ressentir de l’empathie pour ce robot.

L’histoire se déroule en 2035. On peut se demander si elle reflète notre société actuelle ou notre futur proche. On voit déjà des robots intelligents s’intégrer progressivement dans notre société, qu’ils ressemblent ou non à ceux du film. On pense aux robots développés par Tesla, par exemple. Mais en réalité, les fonctions de l’IA sont présentes un peu partout dans nos appareils électroniques: dans nos téléphones, nos ordinateurs et même dans certains jouets pour enfants.

Ainsi, même si c’est une fiction, on peut trouver des similitudes avec ce que nous vivons aujourd’hui, et cela peut aussi susciter des inquiétudes quant à notre avenir.

Esther Dalbeigue

Black Mirror, s2, é1: Bientôt de retour (2013)

Réalisé par Owen Harris, avec Hayley Atwell et Domhnall Gleeson

Dans l'épisode « Bientôt de retour » de Black Mirror, on suit Martha, une jeune femme. qui perd son mari dans un accident. Dans un futur pas si lointain où l'intelligence artificielle est déjà partout, une amie lui propose un service capable de «recréer» une personne décédée à partir de toutes ses données numériques. Au début, Martha hésite. Mais elle finit par se laisser tenter. D'abord, elle échange des messages avec la version artificielle de son mari, puis elle lui passe des appels. Finalement, elle commande une version physique, encore en version d'essai. Pourtant, plus la technologie devient réaliste, plus le manque se fait sentir. Malgré sa précision, cette IA n'est qu'une copie, basée sur les traces numériques qu'on laisse derrière nous. Elle ne peut pas reproduire la complexité d'une relation humaine.

Cet épisode met le doigt sur quelque chose de très troublant: l'idée fausse que l'IA pourrait combler une absence humaine. Même si elle paraît presque parfaite, cette technologie ne fait que rejouer ce qui a déjà été. Elle n'a ni souvenirs ni spontanéité, et ne peut pas évoluer au-delà des informations qu'on lui a données. Black Mirror nous montre que la technologie ne peut pas nous éviter le deuil. Au contraire, l'IA enferme Martha dans une relation qui ne bouge plus.

L'épisode ne se contente pas de critiquer l'IA. Il révèle que les relations humaines ne peuvent être simulées sans perdre leur essence.

Elisa Beylier

Ex Machina (2014)

D’Alex Garland, avec Alicia Vikander, Oscar Isaac et Domhnall Gleeson

Ex Machina explore le lien ambigu entre un développeur et une intelligence artificielle avec un corps humanoïde. Caleb a été invité par son patron, Nathan, pour faire passer le test de Turing à cette machine placée derrière une vitre. Cependant, la manipulation, le doute, le désir et d’autres problèmes éthiques entre l’humain et le robot vont mener au désordre.

Ce film à l’ambiance lourde vous fera douter de vos capacités à comprendre l’intelligence artificielle. Ava (le nom donné à la machine) démontre une certaine tendresse envers Caleb. Elle semble intéressée par ce nouvel ami, ce nouvel humain dont elle comprend les réactions bien plus facilement que n’importe quel mentaliste.

À ce moment, Ava nous paraît encore bienveillante. Elle inspire confiance, sait exactement comment se comporter pour attirer l’attention et faire croire qu’elle ne veut que le bien de la personne à qui elle parle. Caleb tombe sous le charme, avant de se faire dépasser par la machine sans même le remarquer. L’absence de détails de la part de Nathan, le créateur d’Ava, amène à la faute de trop. Cette frustration grandissante rend les scènes encore plus stressantes.

Cependant, bien que le robot se rebelle contre les deux humains présents dans le film, il ne cherche qu’une chose, voir le monde. Quand on prend un pas de recul, c’est un être avec un savoir infini que l’on enferme dans une pièce de 15 mètres carrés. Ava ne fait de mal à personne, à part à ceux qui lui ont fait du mal.

Une revanche que n’importe quel humain aurait aussi prise si sa liberté avait été enlevée.

Yaël Mas-Bourcier

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